Spoiler Alert : non. Et ce n’est pas qu’une question de société française frileuse à l’idée d’un tel bouleversement. Si de nombreux médias mais aussi personnalités publiques s’expriment par billets Pulse interposés ou reportages « en terre inconnue » sur le sujet, l’analyse mérite d’être affinée. 

Utopie libéraliste du freelancing VS conservatisme non argumenté

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la question du freelancing fait débat. Comme pour la trottinette électrique ou la dernière saison de Game of Thrones ; on a tous un avis, et il se doit d’être tranché. Le freelancing oppose les jeunes tenants du titre (freelances donc) aux « vieux réacs » qui trouvent l’idée de travailler en tongs au bord de la piscine ridicule.

Pour les données chiffrées, on brandit le fameux « c’est à peine 5% des actifs » d’un côté et le « nombre de freelances a augmenté de 150% » de l’autre. Mais ces chiffres peuvent être vrais ou faux selon ce que l’on entend derrière le mot « freelance ». Inclut-on les professions libérales (avocats, comptables) ? Uniquement les micro-entrepreneurs ? Toute entreprise individuelle, quel que soit le statut ?

Sans donner de chiffre aussi impressionnant que non vérifiable, la conclusion reste toutefois la suivante : le nombre de micro-entrepreneurs a considérablement augmenté ces dernières années mais reste anecdotique sur le marché global du travail.

Le freelancing : une composante des révolutions du travail

Poussons un peu plus loin l’analyse, donc : d’après l’étude Ifop sur le sujet (relayée par LCI), les CSP+ et actifs du secteur « information et communication » sont sur-représentés parmi les indépendants. 77% des indépendants qui peuplent les plateformes comme Malt travaillent d’ailleurs dans ce secteur ; en tant que créatifs, développeurs ou webmarketeurs.

D’un autre côté, les secteurs du numérique et des hautes technologies ont fortement besoin de ces profils. Il est donc tout à fait envisageable et probable que le nombre de freelances augmente dans le domaine ; avec la digitalisation du marché du travail dans son ensemble.

De plus, un nombre croissant d’actifs envisage de devenir travailleur indépendant, freelance ou auto-entrepreneur, ce pour plusieurs raisons : flexibilité sur le temps de travail, sur sa localisation, moins de freins à l’augmentation de la rémunération…

Cependant, le freelancing revêt de nombreuses réalités différentes : un chauffeur Uber peut s’appeler entrepreneur du numérique s’il veut, il n’en reste pas moins que – pour une rémunération moindre – il doit subir les mêmes écueils que ledit entrepreneur : protection sociale faible voire inexistante, gestion de sa propre paie, de l’administratif, de la clientèle…Tout le monde n’est pas prêt à cela, et ce n’est pas souhaitable.

Les entreprises aussi font parfois appel aux freelances par contrainte : les développeurs peuvent aujourd’hui parfois refuser le salariat proposé par les entreprises. Ils refusent ainsi les contraintes associées (travailler au bureau, en lien et au bénéfice des équipes locales) et l’entreprise n’a d’autre choix que de s’y plier.

Le freelancing est donc à observer de près, éventuellement cadrer. Mais non, nous ne travaillerons pas tous en tongs à Bali l’année prochaine.