« Tu devras être en mode proactif pour insuffler de nouvelles approches en design »

Serions-nous entrés au cœur d’une conversation entre la Direction Opérationnelle et la Direction Artistique d’une agence créative ? Que nenni. Nous sommes ici en présence… D’une offre d’emploi. Pour un poste de graphiste. Junior.

Des offres comme celle-ci – qui utilisent le tutoiement, qui essaient de la jouer cool, amical, informel, californien – fleurissent dans les réseaux et plateformes de recrutement.

La raison de cette baisse de formalisme dans les offres d’emploi s’explique : mode de la startup nation ou tout doit être cool, chute des frontières hiérarchiques, volonté de créer un sentiment de proximité parmi les collaborateurs d’une entreprise. Cependant, ce ton est-il vraiment adapté à un processus de recrutement ? Pas sûr.

Des conséquences négatives au moment de la candidature

Un recrutement, ce n’est pas une « discussion détendue et sympathique entre deux êtres humains » : même en utilisant le tutoiement dans les offres d’emploi et en promettant des goûters et apéros à foison, candidats et entreprises ont tout de même une certaine pression pour bien se trouver.

Exagérer le langage « startup nation » peut – dans ce contexte – effrayer certains candidats. Les profils timides, ou ceux qui souhaitent faire la distinction entre vie professionnelle et personnelle, pourront se sentir mal à l’aise face à une telle offre trop informelle. A l’inverse, une offre légèrement trop formelle ne devrait empêcher personne de postuler.

En communication de manière générale, l’heure est à la transparence. Si vous recrutez dans des métiers à haut niveau managérial ou technique, tutoyer et utiliser trop de jargon dans les offres peut vous desservir : les candidats compétents ne postulent pas à une offre qui s’apparente à ce que l’on appelle – dans le milieu de l’IT mais pas que – du « bullshit ».

« N’essaierais-tu pas de me duper Jean-Mich’ ? »

Des conséquences négatives au moment des entretiens

Si une offre d’emploi informelle ne va bien sûr pas vous empêcher de recruter correctement, vous pouvez toutefois faire face à des effets de bord en entretien. Face à une offre très amicale, un candidat ne saura pas forcément comment se placer : doit-il tutoyer le recruteur en retour ? Employer le même langage ? S’il le fait, sera-t-il vu comme peu sérieux ou arrogant ? Mais s’il ne le fait pas, renvoie-t-il une image d’infériorité ?

Autant de questions que peut se poser un candidat dans le cadre de son recrutement. Avec le vouvoiement et la formalisation des offres, la relation est simple : l’un cherche du travail, l’autre en propose et il faut évaluer le niveau de compatibilité. Avec le tutoiement et le côté amical, charge au recruteur de poser la limite : le candidat ne pourra pas savoir seul où elle se trouve. De plus, il ne devrait pas avoir à se concentrer sur la meilleure manière de se comporter. L’important est le fond et non la forme.

Vous êtes recruteur ? Alors, pour mieux connaître vos candidats et leur permettre d’exprimer en toute tranquillité leurs savoir et leurs compétences : pensez à rester formel.